Axe 1 – Périmètre

AXE 1 - Périmètre et caractérisation des démarches de qualification

Depuis près d’une décennie, on assiste à une généralisation de nouvelles démarches partenariales de filières dans le secteur agricole et agroalimentaire.

Fondées sur des préoccupations spécifiques (stratégies de différenciation, sécurisation des approvisionnements, construction d’outils de transparence, renforcement de la responsabilité sociale), ces démarches sont porteuses d’innovations multiples, en particulier dans les modalités de mobilisation de l’amont agricole. Comparable à celui observé dans la sphère des circuits courts alimentaires de proximité, ce foisonnement incessant apparaît difficile à appréhender, tant la diversité – et l’enchevêtrement – de ces démarches est extrême, que l’on considère leurs valeurs intrinsèques, leur ampleur économique et spatiale ou leurs formes de gouvernance. Cette diversité se manifeste également dans leur degré de structuration : ces dynamiques collectives renvoient en effet à un large éventail de situations, qui va du simple outil de communication jusqu’au véritable outil stratégique de pilotage d’une filière dans lequel s’articulent problématiques agricoles et injonctions du marché.

 

Un point commun semble néanmoins réunir ces dynamiques : leur vocation à générer de la valeur par la captation des nouvelles attentes exprimées par les consommateurs / citoyens au sujet de leur alimentation. Principalement centrées sur santé, l’impact sur l’environnement, la responsabilité sociétale et le bien-être animal, ces préoccupations viennent s’ajouter à des préoccupations plus anciennes : la qualité, la sécurité sanitaire et l’origine. En cela, ces « nouvelles filières »[1] sont autant de manifestations du processus de transition à l’œuvre dans le monde agricole et agroalimentaire, transition accompagnée par les récentes évolutions de la législation française (Loi de Transition Energétique, Loi d’Avenir pour l’Agriculture, Loi EGALIM…).

 

Ce foisonnement vient bouleverser encore davantage le paysage agricole et agroalimentaire. Ces nouvelles filières viennent en effet questionner – d’aucuns diront « bousculer » – les démarches SIQO classiques, en revendiquant des valeurs (qualité, origine), des modes de fonctionnement (démarche collective, certification par un organisme tiers) et des objectifs (création de valeur, structuration d’un bassin de production) relativement proches. Les phénomènes de concurrence à l’égard des produits bénéficiant d’une AOP, d’une IGP ou d’un label rouge notamment ne sont pas nouveaux. Les marques privées, les MDD dites « qualitatives »[2] ou plus récemment les stratégies de mise en marque portées par des collectivités publiques[3] sont apparues dès la fin des années 1990. La nouveauté semble en revanche résider dans la généralisation de logiques de filières plus complexes et plus formalisées, fondées sur une recherche de transparence accrue, une obligation de résultats et une démarche de progrès concernant les pratiques agricoles[4].

 

Les démarches SIQO s’en trouvent de ce fait d’autant plus interrogées qu’elles-mêmes ne peuvent rester sans réaction face aux défis proposés par les processus de transition évoqués plus haut. L’introduction par l’INAO de principes agroécologiques dans les cahiers des charges (préservation de la biodiversité, limitation des intrants, gestion de l’eau, adaptation des modes d’élevage) constitue d’ailleurs une première réponse[5].

 

L’un des premiers enjeux auquel la chaire In’FAAQT doit répondre réside donc dans la construction d’une vision renouvelée du tissu agricole et agroalimentaire, à l’aune de ces phénomènes d’enchevêtrement / de coexistence de filières et de démarches de qualification.

Si la compréhension par les consommateurs de ce panorama en perpétuelle évolution constitue une question centrale de la chaire, de même que l’analyse de ce foisonnement en termes d’hypersegmentation des marchés, il apparaît dans le même temps nécessaire de proposer – aux professionnels comme aux élèves ingénieurs – un état des lieux des dynamiques à l’œuvre, ainsi que de leurs conséquences pour les démarches sous SIQO.

 

[1] Parmi les démarches les plus « visibles » dans la presse professionnelle notamment, on citera Bleu Blanc Cœur, la Charte Demain la Terre, C’est Qui le Patron ?!, Vignerons en Développement Durable, CRC – Le Blé de Nos Campagnes, Zéro Résidu de Pesticides.
[2] Nos Régions Ont du Talent (Leclerc), Reflets de France, Filière Qualité Carrefour (Carrefour)…
[3] Collectivités régionales : Sud de France, Produit en Bretagne ; collectivités départementales : Fabriqué en Aveyron
[4] Les AOP / IGP / labels rouges ne sont pas les seuls labels concernés. Un certain nombre de démarches évoquées plus haut se sont ainsi regroupées en 2018 dans le cadre d’un collectif baptisé « Troisième Voie », ce nom faisant référence à la distinction classique entre agricultures conventionnelle et biologique. La presse professionnelle (LSA, Linéaires) fait d’ailleurs fréquemment référence à cette émergence de labels dits « alternatifs » face aux labels « classiques ».
[5] Avenant au contrat d’objectifs et de performance, Conseil Permanent de l’INAO, 2016.